Yrmeline, tome 3 (extrait)

Résumé 

Tenté par Isol le Pisan, l’âme damnée du Bellator Rex, Piotr jure allégeance au Temple Noir, au cours d’une cérémonie secrète qui le lie à jamais au redoutable prince Anunnaki. Inconscient de tout ce qui se trame autour de lui, de son côté Lanz coule des instants heureux auprès d’Yrmeline dont il est follement épris. Mais, très vite, les choses se gâtent. Au cours d’une fête villageoise, une devineresse le mettra en garde contre sa bien-aimée. Les visions inquiétantes de l’aveugle n’auront dès lors de cesse de le hanter.
Les rebelles estoniens sont suspectés de la tuerie du bois de Vandjala. En représailles, les Teutoniques massacrent les habitants de Kuusalu et incendient le hameau. Yrmeline réussira-t-elle à sauver un petit groupe de femmes et d’enfants, prisonniers des flammes ? Survivra-t-elle à ses blessures ?
Konwoïon révèle à Lanz que son illustre ancêtre n’est pas mort en emportant son secret dans la tombe, que Gerhard s’est débrouillé pour en dissimuler les arcanes dans le texte d’un livre ésotérique : le Parzival de Wolfram von Eschenbach. Le célèbre codex détiendrait-il entre ses lignes le plus grand secret de l’humanité ? L’essence même du message originel serait-elle dissimulée dans ses allégories ?
La conspiration que tisse l’Ordre sanguinaire du Temple Noir se resserre dangereusement autour de Lanz. Dans ce troisième volet, l’intrigue va crescendo pour finir sur un formidable coup de théâtre !

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La vieille chapelle Saint-Pierre se fondait dans la brume opalescente du lac étendu à ses pieds. Piotr avait attaché son cheval au pied d’un arbre, près du vieil embarcadère, puis s’était rendu au sanctuaire à pied avant de se poster à l’endroit convenu. Le calme oppressant de la nuit exacerbant sa nervosité, l’attente mettait le prince de Kiev sur des charbons ardents.

Dans le courant de la journée, un chevaucheur s’était présenté au château et lui avait remis un rouleau de parchemin, inséré dans un étui en cuir. Piotr avait eu peine à contenir sa fébrilité en découvrant que le message était cacheté aux armes du Temple Noir. L’abraxas et la devise de l’Ordre figuraient dans la cire. Les mains tremblantes, le prince avait rapidement déroulé le parchemin. Une écriture stylée, dont les pleins et les déliés s’intriquaient d’élégante façon, noircissait le vélin. L’héritier de Kiev avait aussitôt parcouru les quelques lignes au travers desquelles étaient dictées les instructions d’Isol le Pisan, puis, se conformant aux recommandations du franciscain, il s’était empressé de brûler la missive par trop compromettante.

Depuis, le temps s’égrenait avec une lenteur exaspérante. Incertain du sort qui l’attendait, le jeune homme fut tenté à plusieurs reprises de rebrousser chemin. Mais l’espoir fou de faire revivre l’histoire triomphante de Kiev, comme le lui avait laissé miroiter le Pisan avec tant d’habileté, l’en dissuada à chaque fois.

Plus vive que jamais, sa passion inassouvie pour Yrmeline meurtrissait son cœur et torturait ses sens. Loin d’éteindre le feu intime qui le consumait, l’absence prolongée de la belle n’avait fait qu’aggraver sa frustration et renforcer son besoin de la posséder. Il n’en pouvait plus d’endurer ce calvaire. Quel qu’en soit le prix à payer par la suite, Piotr entendait capturer ce cœur rebelle. Et si, pour cela, il devait prêter serment au mystérieux seigneur masqué, et bien tant pis ! Il était prêt à toutes les folies pour parvenir à ses fins.

Aux dires de son éminence grise, le Bellator Rex permettrait au prince de Kiev de réaliser ses plus hautes ambitions. En dépit de sa nature méfiante, Piotr était d’autant plus facilement enclin à le croire, qu’il espérait tirer parti de cet Ordre puissant pour faire fortune et asseoir sa propre notoriété. Lors, la fière et indomptable Yrmeline serait si impressionnée par l’éblouissante ascension de son ami d’enfance, qu’elle finirait par se laisser séduire. Du moins, Piotr se plaisait-il à l’imaginer.

Alléché par les brillantes promesses de l’avenir, le prince avait donc fait taire ses craintes. À présent, il était déterminé à aller jusqu’au bout !

Le jeune homme perçut simultanément des vibrations dans le sol et le bruit caractéristique d’une cavalcade se rapprochant à vive allure. Immédiatement après, des lueurs rougeoyantes transpercèrent l’obscurité. Un frisson d’exaltation nuancé d’appréhension ébranla le jeune homme qui instinctivement recula de quelques pas. Semblables aux cavaliers de l’Apocalypse, de nombreux individus masqués et encagoulés jaillirent de toutes parts. Certains d’entre eux portaient, au bout d’une longue hampe, une croix embrasée trouant l’épaisseur des ténèbres. De la combustion de leur bois montaient de hautes flammes qui se distordaient au souffle du vent.

Piotr réalisa soudain qu’il était cerné. En lui coupant toute retraite, les funestes archanges s’étaient déployés de sorte à l’acculer comme un rat contre le seul mur encore intact de la chapelle. Il était trop ébloui par l’incandescence des croix de feu pour distinguer parfaitement les cavaliers qui venaient de s’immobiliser autour de lui. Mais, face à l’aspect insolite et inquiétant de ce déploiement, le prince de Kiev se sentit gagné par une tension insoutenable, impossible à juguler. Toutefois, tant par orgueil que par bravade, il s’obligea à conserver un calme apparent. L’héritier de Kiev redressa la tête avec arrogance et promena un regard altier sur cet escadron de combattants aguerris. Montés sur de superbes destriers piaffant d’impatience, tous demeuraient silencieux et impassibles.

« Nous sommes la chevalerie spirituelle du Bellator Rex », annonça soudain une voix grave et sentencieuse, émanant d’assez loin.

Au même instant, les rudes cavaliers s’écartèrent pour livrer passage à une forme obscure, drapée de noir. L’homme, doté d’un physique impressionnant, traversa leurs rangs d’un pas martial et, comme il approchait, Piotr remarqua qu’il n’était pas masqué, contrairement aux autres. L’apparence de ce géant évoquait irrésistiblement celle d’un ogre, se dit-il. Semblable aux effrayants croquemitaines des contes pour enfants, il possédait une tête léonine encadrée d’une flamboyante crinière rousse, des traits charnus et une bouche vorace, aux lèvres luisantes. Ses paupières lourdes s’affaissaient, voilant un regard fauve aussi cuivré que l’était sa barbe en broussaille. Affichant une expression hautaine et détachée, l’ogre remonta la haie d’honneur que lui faisaient ses compagnons, la main enroulée autour du pommeau de leur épée.

« Piotr Sergueïevitch, le maître vous a choisi pour intégrer son corps d’élite. Suivez-moi ! »

La garde du Bellator Rex avait assiégé la vieille chapelle. Le crépitement des flammes, le cliquetis des armes, le martèlement des sabots résonnaient intensément dans le silence opaque de la nuit.

Sur les talons de l’imposant chevalier aux cheveux roux, Piotr pénétra dans le sanctuaire, en se glissant par là même où Lanz et lui s’étaient introduits quelques jours plus tôt. Il régnait en son sein une obscurité si dense que ni les lueurs leur parvenant de l’extérieur ni le flambeau que le croquemitaine tenait en son poing ganté n’en pouvaient totalement triompher. Piotr s’appliquait néanmoins à calquer son pas sur la longue foulée de son guide. Toutefois, la visibilité étant presque nulle, Piotr manqua de trébucher sur le sol inégal. Les nerfs à vif, il étouffa un juron entre ses dents.

L’ogre marcha résolument vers l’autel de pierre. Il le contourna et se planta à cet endroit sans fournir d’explication. Plusieurs minutes s’écoulèrent durant lesquelles le prince se résigna à attendre. Mais, à bout de patience, le jeune homme finit par perdre son sang-froid.

« Palsambleu ! Allez-vous me laisser me morfondre ainsi toute la nuit ? », lança-t-il d’une voix rogue.

Le géant roux tourna vers lui un regard comminatoire dont mieux valait prendre la menace au sérieux, estima sagement le Kiévien, en baissant le front.

« Toujours aussi impétueux à ce que je vois ! », coassa une voix éraillée, que Piotr aurait reconnue entre mille.

La silhouette desséchée d’Isol le Pisan s’exhala de l’ombre pour se matérialiser dans la lumière du flambeau. Malgré le profond dégoût que lui inspirait le personnage, Piotr éprouva une sorte de soulagement en sa présence. Non que ce moine sans aveu lui inspirât particulièrement confiance, mais, au moins, ce visage connu lui semblait-il abordable contrairement aux lugubres mercenaires du Bellator Rex qui, retranchés derrière leur masque, paraissaient dénués de tout sentiment, presque de toute vie propre, aurait-on dit. Telle une armée de spectres, ils donnaient l’impression d’avoir toujours peuplé les recoins enténébrés de la chapelle abandonnée.

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